Orientalis

Docteur Karkour ( partie 3)


Le signe ne vient pas et ce n'est pas une contradiction. La contradiction c'est moi. L'interprétation c'est moi. Tout ce qui existe en dehors de moi existe. Ce qui est terrible c'est que je ne le sens pas. Je le sais. Je ne le sens pas. Il  ne suffit pas de savoir. Jamais. Je pense parfois décharger de ce que la valise de ce cœur contient et envoyer un à un les encombrements que constitue le voyage de mon histoire. Mais je les garde précieusement mes douleurs, je tiens à elle comme je tiens à moi. Parfois je leur parle, le regard confondu avec les paysages derrière les fenêtres des taxis, et mes tristesses me remplissent de l'énergie rageuse dont j'ai besoin pour arriver en moi. J'ai l'intuition profonde qu'il ne suffit pas d'être heureux et j'en suis sure. Je ne veux pas guérir de la tristesse qui creuse les futurs boyaux, ni me noyer dans le puits de la douleur; mais nager dans ces eaux troubles et laisser parfois flotter mon corps entre les mains des cycles des narcissiques ondes. Ce sera toujours contradiction, cette vie, et autre moi dans moi, et dans tous les mois, qui finiront par constituer le précipice de ma tombe et l'on dira pourtant que je n'ai vécu qu'une vie. Faux. Je ne suis jamais née autrement que par moi-même, et plus d'une fois. Mes accouchements, souvent dans la douleur.Je voudrais être une main dans ce corps, être une main, plonger dans l'araignée de mes artères, et dormir sur mon cœur. Je voudrais aussi être une main dans son corps, être une main, plonger dans l'araignée de ses artères et dormir sur son cœur. Pourquoi le sien? Mystère. Pourquoi le sien et sans un soupçon de doute? Ne sais. Tout est incompréhensible autour, tout, et pourtant je sens et suis sure de cela, comme je ne suis sure de rien. Tout est incompréhensible, rien n'est admissible. Que font ces gens qui massacrent leurs peuples et pourquoi? Question. Pourquoi parle-t-on pour ne pas dire? Question. Pourquoi cette tristesse dans les yeux de cet enfant qui m'a quémandée trois sous, et pourquoi pas aussi grande que celle qui remplit mon cœur car je n'ai pas le regard que j'espère obtenir. Question. Pourquoi ces révolutions qui épuisent le pessimisme puis lui redonnent l'élan nécessaire à la révolution? Question. Passer par le contraire pour comprendre que ce ne sera jamais autrement que paradoxe et toujours. Passer par cent, mille situations pour comprendre que rien n'existe en dehors de soi et que tout demeure après pour toujours. Tout est incompréhensible, rien n'est condensable en un, mais j'admets contre tous, tout et tout cet élan qui me porte vers ce cœur en particulier et aucun autre. J'admets aussi que cela est plus important que le désormais de cette seconde  
  Puis nous nous levons. Bientôt, aussi nous nous lèverons encore et encore. Bientôt aussi je danserais de nouveau le silence dans un coin du café, dans une chambre de ma tête, fermée à double tour. Nous nous levons et nous sommes tout à coup dans sa voiture, seuls, deux jours plus tard. J'imagine tout mais je ne m'imagine pas embrasser le Karkour. Ses mains sur le volant sont les mains paisibles de ceux qui conduisent et dont le regard s'est confondu avec la route. Peut-il m'écouter? Je ne suis pas sure. Ou alors il m'écoute mais vaguement. Me regarde-t-il? Non. Il a les mains sur le volant. Mais ce n'est pas une raison pour ne pas vous regarder, les mains sur le volant. Il pourrait même les yeux rives devant, avoir les yeux rives sur moi, si dans le ton de sa voix il y avait le regard. Mais dans le ton de la voix il n'y a pas. Si la présence se contentait de la présence, alors nous serions tous des observes, observant. Il est bien là le Karkour, et moi aussi, et pourquoi alors suis-je si seule? Il y a cette toute juste distance dans la tonalité qui suffit à me rappeler, qu'entre ces deux portes de cette carcasse, je suis une étrangère et que je le serais pour toujours. Il n'y a pas de regard qui ne s'oblige. Je pourrais tout inventer, tout, je ne pourrais jamais inventer un regard qui n'arrive pas. Je peux maintenant fermer les yeux et je serais devant le même paysage. A quoi bon ce paysage devant moi qui se précise en avançant ? Je veux voir un tableau dessine de mon désir, par la main de mon désir, m'assoir sur pot de peinture puis sur la toile. Au lieu des mains sur les volants, ses bras entourant ce vide qui remplit la solitude de mes cellules    .

Musique arabe. Nous parlons musées. Nous partageons notre scepticisme sur leur utilité en deux parts, deux parts de mots à la vanille, et chaque part est l'occasion de se donner raison, comme si  nous levions nos verres à nos santés respectives. Comprenons tous deux que conserver des œuvres d'art dans un espace confine, c'est concentrer l'art pour rien, pour des personnes venues voir. Voir quoi? Que vient-on voir dans les musées? Je me demanderais toujours. Karkour dit que l'art ne peut être concentre. Qu'on ne peut apprécier cette concentration. Qu'il y a quelque chose d'étrange à concentrer tous ces monuments, pour faire appel à notre sensibilité. Que sentons-nous exactement dans ces musées? Rien. Et ceux qui disent le contraire n'ont jamais rien senti, il dit. Je me dis que c'est un peu pareil dans cette voiture. Qu'il n'y a rien à contempler, rien qui n'émerveille, car dans chacune de ces secondes partagées par la présence physique, une absence sourde mais cacophonique par sa pertinence s'est glissée entre nous, et nous sépare. Je descends de la voiture. Je sens un grand vide remplir les autres vides, les creuser et c'est à ce moment que j'ai très mal à la tête et que surtout j'ai envie très vite de mourir  


Peinture D'Armand Goupil.



 

30/03/2012 - 09:17 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

Docteur Karkour ( partie 2)


Tout de suite, j'ai su que le Karkour ferait forte impression. Car lorsque la raison s'y mêle, alors c'est que c'est fini pour de bon. Lorsque la raison s'y mêle, c'est que jamais de réponse ne trouvera répit nulle part, et lorsque jamais de réponse, nulle part, c'est, l'interminable, l'obsessionnelle recherche du pourquoi. C'est que le cœur a enterré tout ce qui lui restait de tête.

J'ai tout de suite su, pour le Karkour, de ce que le cœur, même si je ne savais pas, car le cœur savait plus vite que la tête. Et puis l'emballement du cœur, maladroite j'étais, tellement devant le Karkour; maladroite, confuse, embêtée par les hauts de la pompe à vie, par les hauts qui dépassaient la constance de la respiration, et cette espèce de calme qui me colonise souvent, et qui soudain disparait entre les petites mains de Karkour, qui m'observe, qui me déshabille malicieux. Qui m'observe avec cette force qu'a l'indifférence. Qui me se déshabille avec cette force qu'est l'intimidation du cœur.

 J'ai tenté de ne rien montrer au Karkour, de parfumer vite l'intimidation, de la rendre volatile, accessoire. Je me suis vite habillée d'un grand manteau : un pull large, un pantalon anodin, peu de pensées intelligentes, de la pruderie si toujours demandée de moi. Mais rien à y faire, puisque le haut du cœur dévoile les relents de mes seins sauvageons, puisque la violence des contradictions de ma pensée, dévoilent mon imminente sensualité. J'entends mes organes se disputer avec mes yeux, ces orbites mi noir-mi blanc seules à avoir accès infini à Karkour. Tout le reste, sauf le blanc de l'œil, sauf le noir du sens, doit patienter pour l'instant. Il y a mon nez par exemple. Mon nez ne peut renifler le Karkour. N'en a pas le droit. Il y a ma bouche par exemple. Ma bouche qui aimerait lécher les oreilles du Karkour. N'en a pas le droit non plus. Il y a aussi ma tête par exemple. Ma tête et ce n'est pas un exemple. C'est ma tête, ça ne peut pas être un exemple. Tais-toi que je dis à  ma tête, ta gueule, ne dis rien, ferme ta bouche, apprends à te taire, apprends à ne rien dire. ''Que disait ton père?'' demande ma tête à ma tête. Ton père disait de ne rien dire et d'écouter. Ton père disait qu'il fallait d'abord observer l'autre puis conquérir. Avec quels mots disaient-ils? Tous les mots. Tous les mots qui n'ont pas de lettres ni de mémoire, mais que dans mes gestes, je consacre comme on consacrerait une langue. Voilà papa, je danse tes mots, papa. Regarde ! Rince ton œil de ce mouvement de mon bras, c'est pour te dire quelque chose, et ce mouvement du pied, c'est pour te dire autre chose ! Observe! Je tourne autour de moi une ribambelle de mots, de consonnes, de voyelles. Ils se tiennent tous la main ! Ecoute, écoute le mouvement de tous ces corps en un, cette petite main, et ce petit pied, et ce doigt, et celui-là et celui-ci. Je pourrais ne rien dire du tout et crier avec mes yeux tous les mots qui n'ont pas été dits, eux non plus. Tous les mots qui se sont insinués sans se dire, qui se sont chuchotés les uns aux autres sans constituer jamais de structures de phrases audibles. Mais combien de phrases existent et n'ont jamais été entendues? Dieu lui-même, n'est-il pas? Personne ne l'a entendu. Jamais.

Je prie ensuite mes organes de se taire. Mais rien ne se passe, toujours les cris. Alors je crie sur Karkour, je l'agresse malgré moi, je l'attaque. Je lui dis toutes les choses que je veux dire, que je désire dire, mais que je ne peux pas, car je pense que lui peut comprendre et les autres non. Puis je me reprends, je me tais. Mais pas assez longtemps…du tout. J'ai veux crier au Karkour qu'il doit écouter, comprendre. Je veux que tout de suite, il n'ait plus peur de rien, ni de personne, le Karkour, et qu'il  me parle franchement comme il ferait a lui-même les fesses sur les w-c, réel. Les fesses sur les w-c dans sa nudité la plus complète: l'œil traversant la vitre devant lui et songeant à l'absurdité, celle par exemple du bruit qui se dégage de la fente, et qui est celui des ouvriers syriens, qui travaillent le béton dans la brume, dans la cacophonie d'un discours d'architecte qui ne comprend rien de ce qu'il dit. Je voudrais que ce soit vrai, toute cette comédie tragique, que ce soit vrai avec des mots. Mais, en réalité, dès qu'il y a langage, dès qu'il y a autre, alors maquillage, alors habits (vite, vite) le rideau s'ouvre, s'ouvre….Déguisons-nous…Habillons-moi d'une bouche qui suce mais qui ne dit rien, d'une bouche qui baise, mais qui ne dit rien. D'une bouche cousue avec la dentelle de la coquetterie. N'insulte-pas, me disent les âmes charmantes. Tu es vulgaire. Moi? Oui, toi, tu es vulgaire. Oh oui, si, je veux les crier toutes les cochonneries du monde, violemment, et mes cochonneries ne sont pas insultes ! Elles ont un gout de sucre et un

Mais non, ça n'arrive pas. Le rideau s'ouvre et c'est encore la comédie tragique.

Réfléchir le cœur, parfois oui. Réfléchir le cœur qui bat. Impossible. Réfléchir aussi le cœur de ce que le Karkour ne vous aime pas, et ne vous aimera jamais. Impossible. Réfléchir le cœur de ce que le Karkour est en vérité un imposteur. Qu'il n'y connait rien à ce qu'il croit connaitre, qu'il est l'endoctriné de l'endoctrineur, qu'il croit avoir échappé à la normalisation via l'esprit critique, mais qui a l'esprit critique normalisateur. Non.

 Quand je revois Docteur Karkour, c'est le lendemain. Et le lendemain, c'est avec beaucoup d'enthousiasme que le docteur Karkour  me revoit. C'est avec beaucoup d'enthousiasme dans mon œil et ce n'est que mon œil. Je crois alors mon œil mais ce n'est peut-être que la politesse. Je l'aperçois caché dans ce même café, sous ses paroles folles de gaillard frémissant des intelligences plurielles et rassembleuses, alors je frémis à mon tour, et j'explique à moi-même, que je devrais peut-être inviter le Karkour, que le Karkour est peut être timide, mais surtout que j'ai très envie de lui parler au Karkour, que je ne sais pas pourquoi j'en ai envie, mais que je n'ai pas besoin de le savoir, car l'envie seule, l'envie seule et sans la réalisation, suffit à titiller la moue. Et puis c'est tellement rare cette envie de l'autre qui n'a aucune autre justification qu'elle-même, que je me traine devant le Karkour, sans aucun recul, ni calcul. J'invite donc le Karkour à se joindre à nous, en vérité je l'invite à se joindre à moi. Je suis accompagnée d'une autre femme, et d'un homme, mais qu'importe puisque je suis seule.

Le Karkour a les yeux pétillants, la langue bavarde, les yeux qui rient sans cesse, puis qui s'assagissent de nouveau quand il écoute. Je ne sais pas s'il écoute  vraiment mais je suis sure qu'il croit écouter. Il a une très forte propension à la parole surtout de lui. Il m'avance la faiblesse de l'argument d'autorité. Je suis éblouie par ses réflexes rapides, simples, droits au but. Je lui souris. J'aimerais l'éblouir mais j'ai bien peur d'en faire trop et d'effrayer. C'est exactement ce que je fais pourtant. Je ne sais pas si la peur de ne pas se faire aimer de l'autre est aussi forte que celle de ne pas accepter ce que je suis. Si je le sais. Elle n'est pas.

22/03/2012 - 18:47 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

Docteur karkour ( première partie)


Avant-propos:

Tous les personnages ici sont évidemment imaginaires. Toute ressemblance de par le nom, ou l'histoire est fortuite.

 

Dans ce café, aussi c'était la nuit. J'avais pourtant bien changé de lieu, et mon instinct m'avait dit que c'était cela, que je devais changer le lieu. Mais encore le noir ici, les discussions tamisant le parquet, offrant parfois quelques lumières, quand dans d'étranges secondes, l'on semble sourire, à autre soi que soi.

Je m'assieds d'un semblant confortable, avec l'assurance des propriétaires d'objets, posant sur la table le matériel, consistance unique dans le regard éclairé de Tripoli : un ordinateur portable et un livre, que je n'ai jamais lu. Puis, le propriétaire- une folle dingue- crie follement que je lui ai manquée, lorsque son œil trace une tangente au mouvement glissant de ma silhouette qui se cache tant bien que mal dans son atmosphère.

 Je sais bien qu'il dit vrai, le propriétaire, car le propriétaire est fou.

 Je commande très vite, pour m'accompagner, une tisane verte. Toujours le noir. Deux minutes passées entre deux conclusions. Les fumées envolées, échappées des bouches parlantes habillées parfois de rouge à lèvres, enveloppant des cigares et des verres levés a la sante d'une survie d'un jour à l'autre. Les gros phallus fument et les vagins en cristal se lèvent, du lundi au mardi, pour fêter aujourd'hui, une trentaine d'années, et je ne comprends pas pourquoi, se lèvent, pourquoi un jour, pourquoi ce jour, pourquoi  les anniversaires.

 L'homme qui a un an de plus, depuis plusieurs mois, depuis toujours, car cet homme aussi croit au destin, l'homme festoie gaiement autour d'un gâteau, sourit aux invites, qui sourient eux-aussi en direction du gâteau, en direction d'eux-mêmes, qui aussi, par moments, dévisagent ma face, et qui se cachent dans des manches aux trois boutons d'or pour s'échanger dans des gloussements appréciables, leurs précieuses.

L'homme qui a un an de plus souffle les bougies, une à une, mais il n'y a qu'une bougie, il n'y a qu'une bougie parce que l'ami qui a organisé avait décidé qu'il n'y aurait qu'une bougie, et que personne n'avait trouvé rien à redire. Il souffle la bougie une à une, car il souffle fort et ça ne s'éteint pas, et quand ça s'éteint enfin, après s'être rallume dix fois (bougie qui se veut immortelle comme le souffleur), l'homme qui a un an de plus depuis douze mois, fait un discours sur un ami très cher qu'il désigne d'un regard profond, regard dont un doigt accidentellement noyé dans le noirâtre de la pupille et le blanc sale de l'iris, n'aurait ressorti que l'odeur franche de l'hypocrite politesse. Et cette odeur, pour tout vous dire, c'est l'odeur du caca, noir comme la pupille.

Il dit:

-Je veux remercier mon ami, le docteur Karkour, d'être parmi nous enfin, depuis le temps qu'on l'attend !

Il lève son verre. Du café avec trois sucres sans sucre.

Alors le docteur karkour se lève,  lui aussi, et d'un geste de la main parallèle à son ego, salue l'assemblée hilare qui applaudit la fin, comme toujours, et personne ne s'en étonne qu'applaudir la fin, c'est quelque part l'attendre et l'acclamer.  Le docteur Karkour dit que c'est trop, que vraiment trop, qu'il est honoré par son cher ami docteur, lui aussi, et qu'il lui renvoie la pareille. Qu'en effet son cher retour parmi ses très chers, c'est un peu le cadeau d'une vie. Tout le monde  regarde mais personne ne semble comprendre. Tout le monde regarde le docteur Karkour, et quand il a fini de parler, le docteur Karkour, tout le monde applaudit.

 Imaginons ce qui suit et ne nous étonnons pas d'imaginer. Voici mes yeux offerts à la scène qui se déploie devant les yeux de ma tête, qui ont bien voulu  analyser, avec les yeux de mon histoire.

La scène est la femme regardant le docteur, succombant à cette appellation qui instantanément, dans son instinct, exige de la position de son dos un redressement, marque d'un grand respect. Je parle de la femme car j'en suis une, et que le singe que je décris, c'est aussi moi. Mais il pourrait tout à fait s'agir d'un homme. Seule entre les deux, la description ici d'une femme perçue par les yeux de mon histoire, qui n'appartiennent qu'au temps où je vous la décris et je vous laisse le soin de ne pas exiger de moi de rendre des comptes demain. L'histoire évolue.

A cet instant précis, je ne sais pas comment cette femme s'appelle et je ne veux pas le savoir. Ce sont les mots des mouvements de son visage qui décrivent la palabre de son nom, les courbes de ses bâillements qui définissent ses traits. La femme lève un sourcil, le sourcil de l'étonnement, affiche un regard, le regard de la fierté, hoche la tête, le hochement de l'air entendu. Les yeux brillent de ce brillant social que je reconnais aux humains, à ma peau crasseuse aussi, ce brillant qui me fait penser à la laque Elnett, brillant dore qui pleure presque des larmes de joie, brillant de ce que revêt tout le statut social qui devant elle s'expose, qui sait ce qu'il expose, qui est lui-même tout conscient de son statut, et qui même, dans un geste de la conscience, voulant de bonne volonté cacher le moindre orgueil, gonfle d'importance, et ce malgré lui, les nombreuses années passées sous la lumière faible d'une ampoule, à réviser sa médecine.

Peut-on lui en vouloir? Non. Et même moi, je ne lui en veux pas. On guérit difficilement de la fierté de la réussite. Pour guérir, traitement a vie ou pas de traitement.

Puis de nouveau, la femme semble ignorer la scène, et replonge dans la conscience de ses préoccupations. N'attardant pas plus longtemps son regard sur le statut convoite, elle rhabille la femelle du manteau chaste de sa pruderie.

Apres le discours mielleux et sensationnel, qu'offrait à nos oreilles, le docteur dont je ne me souviens pas le nom, Karkour se rassied, plisse sa barbe naissante entre ses mains et replonge dans une discussion. Ceux qui l'écoutent semblent subjugues par le Karkour, et moi-même, je commence à me méfier de ma haine des médecins et à vouloir écouter ce que dit le Karkour. Je me lève et me présente assez vite, présentation à laquelle je m'entends dire que je suis une charmante personne, quelqu'un de probablement fort intéressant. Parce que j'écris, je suis considérée comme une entité d'une certaine fantaisie, considérée comme un objet qui mérite un minimum d'attention, si je puis être lue par quelques personnes inconnues, encore méritais-je de susciter l'attention de celui qui n'écrit pas mais examine. Je n'en suis pas malheureuse, du compliment. Je le prends même au mot. J'explique cependant que le plaisir d'écrire journalistique n'existe pas, puisqu'il ne peut y avoir de plaisir si ma liberté est remise en cause. Les articles sont comme toutes les écritures grammaticales, ponctuées par des points et des virgules, mais je n'ai jamais senti, ni les uns, ni les autres. J'écris les articles comme je sais qu'on me les exige, comme je sais qu'ils voudront être lus, comme je sais qu'ils seront publiés. Il n'y a aucune fierté, à mettre quelques informations non maitrisées, en accord avec d'autres mots qui se veulent élégants et raffines pour donner un papier agréable a l'œil. Je rajoute pourtant a Karkour que ce que j'aime c'est rencontrer les gens, que parfois aussi on en apprend des trucs sur les gens, que l'article a commencé bien avant qu'il ne soit lu par les gens, et qu'en étant lu, il ne rajoute rien, ni n'enlève rien, car personne ne sait sauf le lecteur, ce qu'on lit quand on lit.

 Le Karkour est une créature maigre, d'un maigre étrange, les mains de son corps prolongeant la maigreur comme une arborescence peu  contrôlée. Il me tend la main et j'ai bien peur de la lui broyer alors très délicatement je  la retire et lui offre un grand sourire. Je ne sais rien du docteur Karkour, mais il est bien diffèrent cependant. D'abord, il a une étrange façon de vous parler. Même une grande ouverture d'esprit, même une porte de mon esprit que j'ouvre afin d'aérer ma constipation, ne me permet pas de faire d'autre conclusion que celle-ci. Il a  une étrange façon de vous parler. D'abord il parle très bas, de très haut. Moi-même, je croyais que cela n'existait pas. Puis j'ai rencontré Karkour, et il m'a prouvé que j'en avais encore beaucoup des choses à apprendre sur la vie. Ensuite, docteur Karkour, est d'une politesse sans nom, s'attachera à vous vouvoyer même si vous l'avez d'emblée tutoyé, s'attachera aussi à vous passer un collier de perles de  compliments, pour vous serrer le cou à mort, et que vous ne puissiez pas en mettre une sinon un étroit merci. Très charmant, le karkour, tellement constipe de la société, tellement bienfaiteur de l'espèce humaine sociale, tellement aux petits soins de votre tout petit ego, qu'il vous donne l'impression que véritablement, vous méritez de vivre.

Toutefois, tout cela ne m'a pas embêté du tout chez le Karkour. Ou plutôt cela ne m'a embête au point que je m'en fasse une idée toute faite. Car le Karkour a aussi de très beaux yeux. Une maigreur inconfortable, oui, mais de grands yeux et de larges sourcils noirs, et un sourire dans les lèvres de ses yeux qui dit. Par exemple, il a un cri qui dit qu'il ne sait pas pourquoi il est ici. Un autre qui dit que le monde qui l'entoure est comique. Un autre qu'il serait temps peut-être de faire pipi. Un autre qui écoute les messes basses avec un petit sourire au coin de la ride de l'œil gauche. Un autre qu'il n'est pas là où il devrait être. Un autre qui dit que si finalement, il n'y est pas si mal que ça dans l'endroit où il est, un encore qui dit qu'il dormirait bien un peu pour reposer ses oreilles du bruit social, un autre qui dit qu'il ne comprend pas pourquoi les femmes ne comprennent pas, un autre qui dit qu'il ne comprend pourquoi les femmes ne comprennent pas ce qui est dit, un autre qui dit que c'est mignon la femme qui ne dit rien, un qui dit que c'est mignon  la femme qui ne dit rien mais c'est impossible de le comprendre et de l'aimer, un autre qui dit que peut-être ce n'est pas la femme, c'est lui, un qui dit que c'est une question de temps et de chimie, un autre qui dit qu'il se résoudra a la solitude le temps qui passe. Le karkour a les regards d'un enfant qui est un bras, qui est deux bras, deux bras qui se tendent même croises, et entre lesquels un souffle murmure qu'il veut être aime, aime de tous, aime toujours, encore, jusqu’à ce qu'il étouffe d'amour.

Aussi, il ressemble beaucoup à papa, et j'ai toujours eu un grand faible pour mon papa. Alors, dès que je le vois, le docteur Karkour, je sens quelque chose battre dans la poitrine. Je la sens la poitrine comprimer le cœur et le cœur comprimer le cerveau et le cerveau comprimer la respiration. Et je suffoque en silence. Je mets la main sur la bouche pour que personne n'entende l'étranglement. Je continue à sourire et je suis blême. Puis je regarde le Karkour pour m'assurer que je ne rêve pas, que cette chose maigre et étrange fait battre les deux myocardes. Mais à peine, ai-je le temps de lui adresser de nouveau la parole, qu'il doit s'en aller, et je salue d'une main, le manteau noir qu'affiche son dos.

22/03/2012 - 18:44 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

L'autre ( deuxieme partie)



Je ne sais pas ce que c'est ce truc de la femme, de la tout juste façon que j'aime la femme, de là ou je suis, mais toujours en lui préférant l'homme un jour et l'autre. La première fois, c'était la mer, l'Espagne, les vagues, les beignets trempés dans le sein mère de l'huile, le sable caca, l'anorexie des premiers émois, les enfants riants aux autres enfants riant, la mer de Saloue.

 

Je contemplais la mer, oui, habillée des rires d'enfants sous l'eau; le corps vide de nourriture, contemplais mes seins, qui flottaient minuscules dans un maillot pour faire comme si. Il faisait chaud car tout le monde l'admettait, mais j'avais froid comme en hiver, et comme depuis ce jour où j'ai commencé à avoir froid et que le froid ne m'a plus jamais quittée    . 

 

J'avais devant moi deux silhouettes, l'une chevelure blonde, courte rebelle, qui trahissait un gros cou, et plus bas, le corps massif et gras blanc qui s'étalait juteux sur le sable rigide et fidèle à lui-même : éclaté comme un jaune d'œuf.  A cote d'elle, la banane des iles, chevelure courte, hirsute et brune, juchant plus bas tronc fin et docile, dos lisse, mince et habile, trahissant de temps a regards, de fragiles côtes assaillies    . 

 

Très vite, je n'ai pas eu besoin de faire car la chevelure brune s'est retournée et j'ai pu faire, rien qu'en la voyant le tour de mon univers, circonscrit dans ce qui reste de mémoire, et c'était sur et pour toujours, que jamais je n'avais senti cela. Jamais    . 

 

Elle a prolongé le regard dans ma direction puis le sourire de gauche à droite, avec le fusil de la langue qui passait entre les lèvres pour se recoucher dans l'horrible cachot de la bouche. De la sortent les mots….et je n'en reviens toujours pas. De ce qu'avec cette bouche qui sucera tous les noyaux de tous les fruits, de tous les, comment on dit, les agrumes…oui, c'est ça le mot, on peut aussi parler. Parler pour ne pas dire souvent, je sais bien, mais parler quand même    .  

 

Apres ce sourire, ses yeux s'illuminaient sous mon regard, et je la déshabillais maintenant moi aussi, de mes petits yeux futiles cinq minutes plus tôt, et toujours futiles cinq minutes plus tard, et qui se reconnaissant ridicules dans leur solitude, se retrouvaient quand même à briller sous l'ardent d'un soleil. Je ne crois pas que la blonde ait remarque le regard mais tout le monde s'en fout  de la blonde et même moi    .  

 

Précisément à cet instant, j'ai compris que c'était possible. Apres, ça se complique grandement. Je suis au Liban, en vrai, et mes poches sont trouées d'ambition. C'est pour le fric, me rappelle la voix susurrée de Ben. Oui, oui, l'argent. Mais d'abord l'amour et après, on verra    .

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Nous avions pris l'habitude de nous voir tous les quatre, de manger aussi puis de faire l'amour comme si c'était la fausse raison. Tous les vendredis, même rituel. Benm'appelle, me dit qu'il passe me chercher. Je me cherche partout quand il me dit ça, je cherche mes vêtements dans les placards, mon sourire dans la glace tatouée de trois débris dans le tréfonds du projetable à l' œil. A travers la glace brisée, je peux encore regarder ma face, sans accuser le temps, ni la faim. Mes rides sont les entrailles du débris. Je ne me sens pas concernée par cette image reflétée. Même le palier, il craque.  Et puis? Tant mieux pour moi. Ça ne change rien au temps qui passe, du tout. Rien mais le temps passe et Jean m'attend, et je me cherche partout. Je cherche la femme que j'ai été hier soir avec Zaria par exemple, ou celle que je pourrais être demain. Je me trouve pas et ce n'est pas pour tout de suite demain, ni maintenant    .

 

 

Finalement, j'enfile la robe bleue. Il y a un trou mais il n'y a que moi pour trop le savoir, et m'en rappeler. Un tout petit trou. Comme une balle de pingpong. C'est presque le style bourgeois qui se moque du trou. Oui, parce qu'elle n'y a jamais été, elle, la bourgeoisie, dans le trou. Sérieux, je veux comprendre cette manie de riches de vouloir à tout prix déchirer la toile. C'est que peut-être, quand le pognon tient chaud dans la poche, il contamine les jambonneaux. Je ne suis pas sure. Je ne suis pas médecin, rien, je n'y connais rien à l'alchimie des corps, a la tangente des cuisses, de l'entrecuisse et du four à l'intérieur qu'on appelle vagin. J'ai faim, de cela j'en suis sure. Le ventre, il gargouille. Mais ce n'est pas la faim de la pitta, des olives, du homos, du taboule, du warra henab. J'ai faim de plats roucoulants, de plats dégoulinants la profondeur des graisses, des plats généreusement fournis en diversité de couleurs, des plats servis un jour, très longtemps ce jour-là, par ma grand-mère, dans le quartier de mon enfance    . 

Oh…et alors j'y suis! Oh les marshmallows fondus dans la bouche pendant que tout le monde prie Dieu et moi je prie la bouche de vite faire fondre le sucre, de vite finir pour rejoindre la tribu    …. 

Ben Klaxonne et je descends. J'ai porte ma robe bleue. Zaria a dit qu'elle m'achèterait une de rouge. J'ai refusé pour une noire, car le deuil, ça ne se prévoit pas, mais la robe, si. Je l'aime déjà ma Zaria. Bon Dieu, et j'ai si faim .

M.S

Tableau de Pablo Picasso, les deux femmes nues

1/03/2012 - 13:31 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

L'autre (première partie)


Ils n'étaient pas comme je les avais imaginés. Mon homme m'avait dit de ne pas les imaginer. Il m'avait dit de les voir, juste les voir, et de hocher la tête si j'étais consentante. J'ai hoché la tête. Il m'a expliqué que si ça n'allait pas, que si j'avais le moindre doute, alors il suffisait  de tirer la manche de sa peau, doucement comme je faisais quand je n'étais pas contente au lit. J’ai demandé ce qu'il entendait par là, le bout de peau, il a répondu,  le bout de peau de l'avant-bras pincé par mes doigts, oubli de ma mémoire, quand je n’étais pas contente et m'en a montré l'exact épiderme, lequel brulait présentement sous un faisceau de lumière. Pas de pareille lumière nulle part ailleurs qu'au Liban. Impossible.

 

 A cet endroit de la conversation, et de la lumière, lorsque le mot peau est sorti de sa bouche, entre deux embouteillages de Beyrouth éclairés par le bruit des phares, j'ai observé son profil a mon homme : nez aquilin, lèvres pulpeuses, rire dans les cils puis j'ai souri. Après quoi, nous nous sommes entrelacés dans la voiture et il a mis de la musique pour couvrir le strident d'un klaxon. Rap palestinien. Car c’est un peu le paysage aussi.

 

 Après le virage à droite du klaxon, très loin de la préoccupation de l'oreille, nos yeux rencontrent un syrien qui nous observe depuis le sol brumeux de l'autoroute, en dessous d'un pont, baluchon au creux des cuisses et deux regards si l'on compte la patience. Il a la peau noircie par les effluves de mazout des vans. Il est assis par terre a cote des autres syriens, qui ont eux aussi la peau noircie par le mazout. Ils ne disent rien, ne font rien, sont toujours sur ces routes quand j'y suis moi aussi. J'en touche un mot à Ben. Il me répond que rien n'est à faire, que c'est partout pareil, que je dois arrêter de penser à cela, que le couple  attend.

 

J'ai demandé à Ben où ils les avaient connus ceux-là, s'ils étaient fiables, s'ils allaient vraiment faire ça avec nous comme on le voudrait. Ben a payé l'essence au monsieur de la station, un type brumeux comme son service, puis m'a répondu qu'il n'était sûr de rien mais qu'il était excité de tout, puis que le couple, c'était dix ans de vie commune, que ce n'était pas la première fois non plus pour eux. Je lui demandé la couleur, le style, le parfum, le statut social. Ben me répond que si ça puait, la bêtise, l'odeur, n'importe quoi qui ferait que ça ne pourrait se faire sans nous défaire, on se soustrairait direct, et on irait manger au roadster puis un petit tour sur la corniche de Raouche pour clôturer l'échec. Ou même qu'on irait sur la route maritime, celle qui donne sur juste la mer, et rien d'autre, et surtout sur personne.

 

  J'avais faim d'entendre si peu de choses sur ces personnes que nous allions rencontrées et j'ai imaginé tout sauf le roadster. Ben ne disait rien pendant que j'imaginais. Il avait l'air préoccupé par sa montre et c'était comme s'il n'y avait pas de mots pour exprimer cette préoccupation-là.

 

  Je ne les avais pas imaginés comme ça. J'avais imaginé une femme, oui. Je ne l'avais pas imaginé comme ça. Femme. Je pensais que ce serait pour le regarder, mon homme, le sexe dans l'âme, dans la femme, aimer sans moi, la peau. Je n'avais pas imaginé l'autre, moi, aimer la peau de la femme, et l'aimer au point de ne plus regarder l'homme. Ca faisait des années que je  pensais à mon homme sans moi. Je ne pensais pas à moi sans lui. Je ne sais pas comment j'ai fait pour l'ignorer que nous étions deux après tout, que nous avions toujours été deux, que j'existais encore sans lui, quelque part dans le songe d'une femme, moi aussi. Nous avons gare la voiture. Mon homme m'a attrapé la main, m'a demandé comment c'était au fond de moi, le sentiment. J'ai dit que c'était comme pour lui, la première fois, et nous sommes montes.

 

L'immeuble avait une certaine classe, de celle de la  bourgeoisie typique du centre-ville de Beyrouth. Côtoyant un immeuble troue de balles. Rien de surprenant. Le mari est médecin, me dit mon homme, un médecin qui gagne très bien sa vie, qui nous servirait peut-être du vin. Je demande pour la femme, ce qu'elle fait pour gagner sa vie, elle. Il me répond qu'elle n'a pas besoin de gagner, mais qu'elle a tout à perdre, trop d'argent, peu de soucis, pas d'enfants, de l'ennui, beaucoup.

 

Nous arrivons devant le palier, sonnons a la porte, attendons. Puis une femme Philippine nous ouvre avec un grand sourire d'habituée. Elle dit quelque chose en arabe, quelque chose que je ne comprends pas. Cela suffit pour lui sourire. Personne ne veut expliquer un sourire. Tout le monde est préoccupé a comprendre ce qui ne vas pas. On n’a peut être rien compris.

 

Elle nous installe dans le salon. Grandiose. Le couple n'est pas encore là. L’endroit est trop grand pour des gens comme nous, qui manquent de cette habitude de l’espace et je peine a m’asseoir. Ils ne vont pas tarder, comprend Ben. Il me tient la main, observe avec de grands yeux écarquillés la beauté des lustres et de la porcelaine sur la table en verre. Il ne dit rien. Il continue à ne rien dire et je commence à avoir faim. La philippine avance vers nous, nous demande si l'on veut boire quelque chose. Ben commande une bière. Je ne commande rien. Je m'endors. Ben boit.  Quelques minutes passent. Comme des heures. Ben se met à trépigner du pied puis l'on sonne, l'on entre, et nous nous levons de nos fauteuils pour serrer vingt doigts.

 

 Je ne l'avais pas imaginé comme ça.  Blonde cendrée, deux yeux énormes et clairs, de larges sourcils bruns, rebelles surtout entre les yeux, des taches de rousseur sur les ailes du nez, un peu aussi sur la joue, de longs cheveux, des yeux larges, très larges, infiniment regardant, une peau claire, et le regard surplombant le regard. Aussi, un grand sourire, révélant une partie infime d'une dent dissidente un peu du rose aussi de sa langue. Elle porte du rouge cramoisi, un fin collier autour d'un cou, lui aussi couleur de la chaire claire. Elle sent bon. Elle sent le jasmin de grand-mère et aussi autre chose, autre chose que je suis incapable de décrire, mais dont je me souviens alors que je vous écris là.

 

 Je ne l'avais pas imaginé comme ça : empoignant d'un regard l'ennui de mon âme assise, empoignant d'un battement de cil, mon vagin endormi, empoignant d'un sourire maladroit, relevant une partie de ses dents, la régularité des battements de mon cœur. Ben aussi la regarde avec le sourire sur les lèvres. Le mari ne semble pas exister pour plusieurs minutes. Je ne peux pas m'empêcher de me demander ce qu'elle fait avec le mari. Je n'aime pas son visage, ni son corps, ni ce que le mouvement de sa main contre la mienne a voulu dire ou taire. Ce que j'aime, c'est la femme, sa femme, la femme qu'elle fait de moi à cet instant, une femme, une autre.   

 

Je ne l'avais pas imaginé comme ça. Sa main sur moi posée, l'épaule tremblante, la sienne, la mienne, comme des grelots qui s'entrechoquent. Elle dit son nom et je ne demande rien. Elle dit son nom, le dit de nouveau et je n'ai rien demandé. Elle dit: je suis Zahiia. Je ne suis pas sure d'entendre, je regarde la bouche dire et de nouveau le rose de la langue qui trahit le blanc de la dent. Il y a une ride tout d'un coup qui bouge. C'est le sourire de la lèvre. Il y a ses yeux. Pas deux yeux pareils. Il y a ses yeux, il y a les miens. C'est tout. Le mari n'existe toujours pas. Mon homme ne dit rien. Il sait. Le mari parle à mon homme. Je ne sais pas ce qu'ils se disent. Je sais qu'ils parlent. Il y a l'arrière bruit qui floue nos regards. Pas assez. Je la regarde comme je n'entends rien. Je la regarde et je sais qu'elle aussi et ce ne sont pas que les yeux.

MS

Peinture de Leonor Fini '' un homme entre deux femmes''

1/03/2012 - 12:57 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

Les fesses de Jean (partie 5)





Mais Jean ne l’entendait pas de cette oreille. Il a jeté un regard par-dessus la foule éclairée derrière nous, puis observé les phares dans mes yeux qui imploraient que s’éteignent en lui les pressantes mains sur la peau granulée de mes oranges. Il a demandé si je voulais bien le suivre au fond du jardin, dans cet espace terreux qui donnait sur la route, et qui précédait depuis notre angle de vue interne, une clôture de lumières. Sous l’obscurité d’arbres en file généreusement fournis en feuilles, faisant office de rideaux, s’allumaient des joints par dizaines et à tour de rôle, par groupe de deux. Ce n’était pas le glissement de tabac, entre les doigts musiciens, ni le souffle d’un nuage de fumée, ni la fuite vers un autre cercle d’idées, que Jean se faisait pour nous. Ou alors, c’était cela et que celas : la fuite de son corps dans le mien, un coup de respiration à la chevauche de nos poumons haletés, des doigts allant et venant dans les angles de corps donné nus au public. Je l’ai suivi et il m’a posé en dessous d’un arbre, prêt à couver ma naissance prochaine. En forme fœtale d’un embryon poussin, je me suis recroquevillée sur moi-même, et me suis statufiée à l’instar d’un œuf dur, qui percé de l’intérieur, faisait couler un liquide jaune entre les jambes. Sous la nature ainsi posée, et transpirant sur ma peau, les effluves d’une pollution organisée, j’ai embrassé les lèvres de Jean. J’ai serré le torse chaud contre mon tronc froid et mou en appuyant avec les doigts la partie supérieure du dos. Par moments, un nuage de cannabis effleurait les nasals, protégés à moitié par l’anesthésie que procurait un échange chaud de salive à la cervelle des sens. Les lèvres de Jean étaient plus douces que ses mains, et plus chaudes que son corps, comme si la pénétration de sa langue dans la mienne, avait concentré toute la température de son corps en un seul lieu : le sexe de sa bouche. Mais, l’enflamment des sens n’a pas duré longtemps, et lorsque Jean a reposé ses mains sur mes reines, ma main de nouveau s’est montrée menaçante et a balayé la sienne d’un mouvement décidé. Jean n’a pas compris, de nouveau, et ce n’était pas le sol terreux sous nos fesses. Son regard ne se refaisant pas, j’ai éclaté de rire, et comme par contagion, Jean aussi s’y est mis. Nous avons alors ri d’un rire qui n’en finissait plus de se perpétuer tout le long de la fumée, nous séparant d’un groupe de fumeurs, qui eux aussi riaient leurs poumons arrachés, mais pas pour la même chose. Jean a demandé, entre deux rires : - Tu es encore excitée ? - Non, pas du tout, j’ai répondu, plus franche que tout, et que même des milliers d’autres Jean autour de moi, ne pouvaient rien y faire, à cette espèce de froideur en forme de vitres. - Moi, non plus je ne le suis plus, il a dit. Et là, il a enlevé les mains de mes fruits, la langue du cercueil que lui offrait une bouche froide et innervée, et m’a rhabillée de mon pull. Je lui ai demandé ce qu’il faisait dans la vie. Il me dit qu’il lui arrive d’y penser. Il me retourne ensuite la question. Je réponds que je ne sais pas encore exactement ce que je fais, et que j’espère que je ne le saurais jamais vraiment. Ce serait comme la mort sinon, un mot. Pire encore que les lettres griffonnées sur le bronze de la tombe : Anna, notre bien-aimée, morte à 90 ans, après un service de longues années dans l’armée. - Mais si tu devais dire ce que tu aimerais réaliser, qu’est-ce que ça serait ? il a insisté. J’hésite un instant avant de répondre. Je ne suis pas sure de réfléchir. - Je crois que j’aimerais vivre le plus longtemps possible en moins de temps possible, tu vois un peu ? - Là, rien du tout. C’est noir. - Je veux dire, j’aimerais que très vite j’aie vécu, et que très vite, je sois finie aussi. Mais que cela n’empêche jamais le temps de passer. Tu vois ? - Pas vraiment. Je te dis : très noir. - Et puis, je voudrais aimer, je crois. - Comment ça, sans lumières ? - Sans lumières. Avec tout juste la vérité criante, tu vois ? - C’est un peu plus clair, oui. - Sans le réverbère du mariage, ni les serments de fidélité. Aimer vraiment et je ne sais pas si cela existe ou non. - Tout ce que ton cerveau crée existe. Imagines-tu que je puisse voir à cet instant ? - Non ? - Si, je t’assure, je vois. - Et tu vois quoi ? - Je suis presque sur de te voir comme j’ai pu te voir dans un rêve. Ou mieux encore t’entendre. - Tu me fais chanter là ! - Non, non, c’est presque vrai je te jure. Presque vrai. Je suis presque à fond honnête avec toi et c’est inquiétant. - Il faut peut-être que tu me fasses l’amour alors. - Pourquoi ? - Pour briser toute la glace, tu vois…Je veux dire à force de me penser avec ton sexe, tu vas finir par ne plus rien entendre à ce que je dis. - J’écoute tout. Je ne vois rien, c’est tout. - Alors, et toi ? Ce serait quoi ta vie ? - A peu près la même chose, non ? C’est toujours la même chose pour tout le monde. Ou quelque chose de complètement différent qui revient à la même chose. - Comment ça ? - Bah, c’est que quoi qu’on dise, tout cela va finir un jour ou l’autre. - Oui. - Et puis, je veux dire, tout cela, tout ce qu’on dit, pour finir au tombeau…. - Oui. - Mais je crois que ça ne change rien au fond. Moi aussi j’aimerais connaitre l’amour et puis vivre surtout, le plus longtemps possible dans le temps le plus court. Après on a arrêté de parler quelques minutes. Je n’explique pas comment, mais cette conversation avait fait renaitre en moi, l’œuf brisé, broyé, à la coque. J’ai eu envie que Jean de nouveau pose ses mains. Et je n’explique pas comment.

23/12/2011 - 21:54 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

Les fesses de Jean (partie 4)



Là Jean, me voyant embêtée par l’appellation (gland pour vos souvenirs) me colle à la face la question culinaire : - Est-ce que tu aimes le poisson cru ? Il garde ma main bien sur le sexe et demande à mes trois neurones qui se disputent la première place dans le slip derrière le pantalon, de jeter là, devant toute la lumière du jugement dernier d’une soirée censée détendre mes nerfs, de se concerter. J’ai pris la position adéquate : yeux pensifs à moitié clos, bouche en cul de poule, attendant la réponse en forme de cuillère pour mettre fin au pincement de la lèvre. J’ai imaginé alors un sashimi trempé dans le soja, dans son petit cercueil blanc porcelaine, fondant dans l’orifice moite, avalé les yeux fermés. Le sashimi tenu toujours entre les doigts en bois de mes baguettes, que j’aime piquant, bien rose comme la tendresse. J’ai dit à Jean que je l’aimais le cru, que je l’aimais aussi piquant, mais que ça n’enlevait rien au fait que le cru, souvent, son odeur ne se refaisait pas, un peu à la manière de l’entrecuisse de l’avant toilette d’une dame. Jean, un peu déçu a dit que c’était comme toutes les femmes de la terre que j’aimais les mots cuits. C’est vrai et je suis tout à fait d’accord avec lui sur ce point. Puis pas qu’avec lui, avec moi-même aussi. Je veux dire, tout à fait d’accord avec ce que je pense, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Ce n’est pas tout de dire que l’on est car on pense, et sur ce point je ne suis pas d’accord avec l’auteur britannique. Que la pensée contredise les faits et surfasse, de temps en temps, dans les glaces du social, ça m’a presque donné l’air d’une madone. Pourtant, tout le monde finit bien par s’accorder à dire que ce n’est pas tout de s’habiller de mots. Mais ça ne change pas tout de savoir. La vérité c’est ce qui continue et il en faut du cuit, il en faut pour persévérer dans le mensonge. Ca fait plein de rangées de petits pains, la persévérance, des pains sagement alignés dans les fourneaux, prêts à brûler au paradis où on doit vraiment s’ennuyer. Et puis il n’y a pas que les mots qui soient cuits. Qui daigne confesser, qu’en vérité, toute cette artillerie de la séduction, ce soit du faux ? Aucun des témoignages de la plus larmoyante vérité. Mais, ce n’est pas parce que Martine va à l’école, que Martine va à l’école. Fin de citation. Passons donc. Le tout étant de vous dire que je n’y ai jamais cru, moi, à leurs coups de foudre réciproques sincères. Trop de déguisements à chaque rencontre cherchant l’impossible pertinence. Mensonge. Donc voici Jean qui me parle de son gland, et je me noie dans la métaphysique de mon surmoi, énorme, colonisant chaque bribe d’une salle maintenant devenue minuscule dans la pupille gonflée de l’excitation de l’œil. J’y revois le cochon, encore le cochon, tendre, rose, à l’instar du sashimi dans la bouche, que j’aimerais bien avaler, et dissoudre dans l’estomac, avec l’acide de ma noble pensée. Pourquoi ne pas le voir le corps de Jean ? Pourquoi ne pas le voir le corps de Jean, nu, là, tout de suite, dans le jardin, avec les phares phosphores de l’insouciance ? Jean ne m’a pas donné le temps de somatiser. Il m’a plaqué contre un des fauteuils installés à l’extérieur avec la force de ses deux grosses mains dures. Les gens, eux, étaient occupés à se connaitre, et c’était une occupation des plus sérieuses qui mobilisait des énergies plurielles. Enfin, Jean a choisit le fauteuil rouge cramoisi, celui qui était cerné par une table, avec des cendriers, têtes encore fumantes dessus. La fumée ne tamisait pas la lumière. C’était le jour le plus ensoleillé qui soit de la nuit. Jean m’a installée avec toute mon hésitation. J’ai demandé plus de place pour l’hésitation et Jean a dit qu’il ne fallait pas que l’on s’en fasse, qu’on finissait un jour ou l’autre par y arriver, à mettre les choses à leur place. J’ai dit que ce n’était pas de la certitude que je voulais puis en m’entendant parler, je me suis tue très fort. À l’intérieur, il faisait nuit. Jean a alors défait mon chemisier, et il s’y prenait tellement bien, que j’en oubliais moi-même d’en faire autant. Puis, il m’a serré, seins nues, contre son torse habillé du pull, que, sous les phares de la sensualité, je distinguais enfin de bleu marine. Il y avait donc l’hésitation certes, mais le bout de mes tétons, très durs aussi, en alerte comme des fusées, qui tremblaient sous les caresses de ma pensée prude, plus réservée que je ne croyais. Jean me touche avec le fossé de la main les oranges, il caresse le bout puis la peau très blanche avec les doigts. Il malaxe leur obéissance nue, leur présence impossible autrement. Tout le monde est là : les seins, Jean, la lumière. Et je ne suis pas. Ou alors je suis trop là, à regarder le spectacle de la danse de Jean avec les oranges de mon arbre, mon corps, si physiquement planté dans ce fauteuil. Je ne sais pas très bien par quel mécanisme quantique, ou moléculaire, ma main s’est tout à coup abattu sur la sienne, et a en a viré les doigts, l’un après l’autre, sur le rythme piano d’un soutien dégrafé. Jean m’a regardé dans les yeux d’un air franchement exclamatif : - Quoi ? T’aimes pas qu’on te touche les seins ? J’ai eu envie de répondre : si, si. J’en ai fais mon ambition. J’ai même tout misé là-dessus vu leur grosseur. J’aime qu’on me touche les seins à la queue le le. J’aime qu’on en pince le bout, qu’on en suce la peau légèrement fripée sur le bord, et étrangement dure en remontant sur la crête. J’aime qu’on me les touche mais je ne sens rien. Au lieu de ça, j’ai du dire quelque chose comme : je ne sais pas, et ça n’a pas contenté Jean. Alors, il a migré vers le sud de la potentialité et les a embrassé plus bas tout en soufflant chaud sur le ventre. J’ai ri et cela ne le faisait pas rire du tout Jean mon ricanement. Il voulait le hennissement de l’ânesse mais rien à y faire, ni à rajouter : ce n’est pas mon truc. Ce à quoi je pensais, c’était sa miniature en moi, avec des allers et viens constants, pour que j’oublie que ce n’était pas l’amour qui nous éblouissait tous les deux, mais bien les lumières, qui luttaient avec la nuit.

Peinture de Papaye

23/12/2011 - 21:51 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

Les fesses de Jean (partie 3)




Après ça, Jean n’a plus rien dit. Ca a duré le dit silence. Il a toisé mon regard avec un sourire diabolique, les cornes du diable sur les dents de devant, et même cela ne le rendait pas moins attirant, Jean. Cela n’a pas empêché mon esprit d’enfourcher ma langue entre les dents très devant, dans le petit espace de son défaut. Un espace entre ses dents de diable à Jean, un peu un vide qui séparerait les deux fesses. Rien de laid à cette imperfection. C’est une raie, c’est tout.Il était presque parfait d’insolence, en vrai, avec ses fesses sur sa bouche. J’ai demandéà Jean pourquoi la dent elle est cassée. Jean n’a pas répondu avec le mot, tout juste passé sa langue dans l’espace, passé langoureusement la dent dans le vide de la bouche entrouverte et recommencer le geste. Ca m’a fait rire, la folie de Jean devant ma folie à moi, qui se reconnaissaient mutuellement comme un suzerain reconnait son vassal. Ca m’a donné d'un coup l'envie de me faire adouber et de lui prêter serment à Jean, avec le musicien et les drums pour témoins. Je tenderais ma langue pour qu'il y dépose son fief, un coup de langue et c’est promis que je ferais ce qu’il faut pour en récolter les fruits au moulin. Je m’armerais aussi d’un écu de devant pour qu’avec une lance, il me perce le métal et qu’il pénètre entre les emails de l’acier avec sa langue, bien au fond, les profondeurs de l’épiderme. Je sais pas comment, mais Jean habillé d’un pantalon noir, m’a paru très moyenâgeux, tout à coup. J’ai frotté un peu les yeux de la tête pour voir plus clair dans la nuit de la soirée, et là, à quelques minutes de moi, il y avait Jean, saisi d’un fou rire serpentant la nuque et le cuir chevelu de sa tete en boucles. Il m’indique de la main, le couloir qui mène vers un jardin. J’ai pas le temps de vous le décrire si je dois me souvenir du cataclysme qui a saisi mon crane au même moment. Jean me dit : - Par là. Je lui dis que c’est pas faisable le jardin. Déjà car il y a trop de lumières, et que ça ne ferait pas bon de se voir très franchement la première fois. Je sais pas pourquoi j’ai sorti de telles âneries, et Jean non plus, il savait pas, alors ça lui a fait un choc et il a dit : - Tu regardes pas la première fois ? J’ai toisé l’entrejambes avec un air de dépravée et je sais que c’est cet air là que j'avais. De ne pas savoir pourquoi ne dit rien sur le comment. Je le sentais à l’étirement de mes lèvres que j’étais en réalité la fille la plus coincée de la planète entière, et qu’en vrai ma libération, celle que j'avais mystifiée avec les doigts sur le clavier, avec les lumières que renvoyaient l'écran et qui me faisaient croire que j'étais une ampoule, qu'en vrai, qu'au fond, c’était du caca de poule. Du caca de poule dont j’avais tartiné des théorie sur papier, sur le papier virtuel de ma condition conditionnée, sur la surface fictive des quatre murs de ma prison, une chambre avec un lit et une connection. Caca de poule avec des mots, ça ne change rien. Je sais pas comment j’ai fait pour garder autant de défecations dans le crane, ceux qui constipent jusqu'au cervelet quand on pense intrinquement qu’on pète pour de vrai. Ce n’est pas vrai. Je n’ai jamais vraiment pété un bon coup, j’ai juste fait ça avec des mots et les traitres, ils m’ont bien eu. On m'avait prévenu que les mots c'étaient les mots. Moi je les ai toujours vu avant de les penser. Je voyais vraiment des idées sans lettres. Personne croit à cela mais tout le monde ou presque croit en Dieu. C’est pas possible autrement, en vrai. Pas possible d’être aussi coincée que moi, maintenant, tout de suite et depuis toujours. Et tout cela car il y a Jean. Tout cela car je l’ai rencontré, je le sais et j’en suis sure pour toujours. J’ai répondu à Jean tout de même, j’allais pas m’enfermer dans les rets de ma prise de conscience soudaine. Je lui dis : - Non, je regarde pas. Jean s’est mis à rire et m’a attiré vers lui avec la main. J’ai regardé autour, avec le nerf optique du social, mais tout le monde se fiche bien du truc le plus important au monde qui vient de me planter deux neurones dans la tête. Personne ne sait et moi je le sais enfin. Qu’en vrai, on est nu, mais qu’on ne veut jamais se l’admettre. Ensuite Jean, il a posé ma main sur son sexe. Pour ça, il m’a coincé sur le mur et c’était pas à cause de la force de l’ossature de son bras gauche, mais bien de ma soumission totale au prince. Je l’ai presque aidé en vrai à me pousser. Après qu’il ait posé la main, j’ai caressé en touchant comme on touche un frein à main. j’ai eu presque envie de passer à la vitesse supérieure mais c’ était pas possible car il y a d’un coup dans mon cerveau, un truc qui me dit : - Fais pas ça…Fais pas ça…Va penser, le Jean, que t’es facile, boudin ! Là je visualise dans ma tête un cochon. Et le cochon, c’est moi, ça me ressemble trop même si je fais pas vraiment le poids sur la balance. C’est tout rose, avec des fesses sur le visage. Ca porte du rouge et je ne sais pas dire pourquoi. Le rouge il est vif, genre vif pute, comme moulin rouge en somme. Il y a la chanson voulez-vous coucher avec moi ce soir, qui me traverse le cerveau et l’accent de merde de ces chanteuses anglaises qui se branlent devant la télé, pour faire des bébés sur le dos des fans. Jean a senti la bête. Il a dit : - C’est pas grand-chose tu sais. Juste mon gland entre tes doigts. Tu l’as jamais vu le gland ? Pourquoi est-ce qu’il m’évoquait son truc comme ça ? Moi le gland, ça ne m’évoque qu’une chose : les arbres. Et peut-être bien que c’est pareil, vu que ça grandi aussi avec des cheveux sur la tête en buissons. C’est vrai qu’à y penser, cela revenait au même. Manque plus que les deux boules de noël et c’est la fete.

Peinture de Marianne Tripet

23/12/2011 - 21:48 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

Les fesses de Jean (partie 2)



J’ai avancé. Jean portait un pull noir ou bleu marine. Il avait la tête baissée et de là ou j’étais, malgré l’obscurité de la pièce, on pouvait voir son crâne bien garni et des doigts un peu durs se fondre dans une masse. J’ai pensé en regardant la tête à Jean, à ma main glissant dessus puis glissant de nouveau, démêlant l’épaisseur des cheveux, plus fort et plus vite pour entendre entre deux déchirements de la peau fragile du crâne, un cri contrarié de Jean. Cela m’a fait chaud en bas de penser au cri, une chaleur qui me montait à la tête, d’en bas jusqu’en haut. J’ai gémi dans la main comme si je toussais. J’en ai fermé les yeux tellement c’était impudique de faire tout cela dans la lumière. Dans le noir, ça y était : je pouvais gémir autant que je le voulais dans la main.

J’ai ensuite imaginé comment ce serait, l’endroit, une position dans un demi-noir. J’y serais assise sur Jean, Jean contre l’oreiller, l’oreiller contre le mur, nous contre nous ; dans une pièce légèrement éclairée, ce qu’il faut pour voir les paupières de Jean lorsqu’il pousserait le petit cri.

J’ai dit :

-          Salut toi.

Il a relevé la tête.

-          Salut.

Les yeux étaient beaux ouverts. Ca se voyait que ses paupières appartenaient à ces yeux là. On aurait dit comme un coquillage qui s’ouvrait avec une pupille en perle et une iris en onde d’eau.

Il demande :

-          On vient souvent ici ?

Je réponds :

-          Oui, on vient.

J’ai tendu la main, j’ai dit mon nom, il a dit le sien.

Puis j’ai dit :

-          T’es beau Jean.

Il répond rien et jette un regard à la foule.

Je réponds au regard :

-          Moi c’est Anna.

Il dit, sans regarder :

-          Enchanté Anna.

J’ai lorgné le fauteuil vide et j’ai remarqué la main de Jean posée dessus. Une grosse main. Une main dure. Le regard de Jean toujours confondu avec la foule.

Je demande :

-          On s’assoit ?

Là, Jean cesse de fixer la foule et regarde mes pieds. Je me mets à les observer à mon tour, mes pieds, me dis que peut-être bien qu’ils sont plus intéressants que je n’ai jamais voulu l’admettre. Puis, Jean relève les yeux sur moi pendant que je suis occupée à scruter mes pattes. Il dit :

-          Tu devrais danser nue.

-          Comment nue ?

-          Je veux dire pieds. Pieds nus.

A ces mots là, j’ai su qu’on ferait l’amour. Je l’ai vu dans un coin de la lèvre de Jean. Ça tremblait de l’émotion de la patte. Puis le tremblement était soutenu par un regard de Jean, sensuel et profond, comme une verge tendue entre des mains reconnaissantes.

-          Mes pieds ?

Jean s’est baissé, a caressé tout le long de ma jambe et a enlevé la première sandale. Il s’était agenouillé pour faire. Je le regardais d’en haut, lui très bas, avec les yeux flamboyants, n’ayant qu’une envie : empoigner sa main et la poser sur mon sexe. Mais Jean ne regardait pas mon sexe. C’était mon pied qui l’intéressait. Il en a pris dans le creux de la main, la partie dure et sèche et l’a massé tout en me regardant le regarder faire. Il a ensuite enlevé la deuxième sandale, gratté avec un ongle, la partie rêche de la plante, avec la même conscience sexuelle, tout en m’observant. Je me suis concentrée sur la dureté des mains, et le contact de cette peau épaisse avec mes doigts de pieds, petits, fragiles, qui dans ces gestes improbables, s’étaient mis à penser eux-aussi. Je n’y avais jamais pensé à mes pieds, ni à mon sexe par mes pieds.  Je n’ai jamais pensé à mes pieds avant qu’on ne les touche. Jean s’est relevé et bouche bée, pieds nus, je l’ai regardé dans les yeux. Il a approché son visage du mien, très près, tellement que j’en ai oublié le lieu et l’espace, et que, malgré la promiscuité de la musique et des mots dans nos environs, je n’ai pu m’empêcher de poser mes lèvres sur les lèvres de Jean, et d’enfourcher dans sa bouche, ma langue. Là, j’ai pris la main de Jean, et je l’ai posée sur mon sexe. Jean l’a retiré et l’a posée sur ses fesses. C’est précisément à ce moment là, qu’il m’a mordu le cou. J’ai souri. La salle s’était remise à danser, et je souriais d’une nouvelle sorte de bonheur, mains sur les fesses de Jean, souriait d’un rire qui n’en finissait pas de se trouver d’autres raisons de durer, et c’est ce qu’on dit fou, et je ne sais pourquoi.

Il n’y avait rien de plus vivant, en vrai, que ce moment de ma main sur les fesses de Jean mais plus encore, de ce moment de la main de Jean m’invitant à la poser sur les fesses. La marque de ses dents dans mon cou, comme une morsure dans une pomme, la salive de sa langue mouillant une partie visible de ma peau, j’ai senti que jean m’avait déshabillé, et qu’était devenu visible à tous, mon sexe, triomphant. Nous avons dansé, ma main sur ses fesses et le regard de Jean dans mon regard comme une langue dans une bouche, qui n’en finissait de tourner. Par moments, il approchait un peu plus son visage du mien et je lui en tendais le cou, pour que de nouveau, il en pénètre la peau, avec son insolence dentaire. Mais Jean ne l’entendait pas ainsi, et se contentait de s’approcher pour plus s’éloigner encore de moi, me laissant à peine des bribes d’un parfum étrange qui se dégageait soudainement de lui.

Puis, il s’arrête de nouveau et observe la foule, me laissant les deux yeux pour l’observer.

Je dis :

-          Que regardes-tu ?

-          La même chose que ce que tu regardes.

-          Quoi ?

-          Leurs sexes.

-          Comment ça, leurs sexes ?

-          J’imagine leurs sexes sous leurs pantalons et sous leurs robes.

-          Et tu vois quoi?

-         Rien.

 

Un petit silence se fait et là Jean reprend, toujours le regard ailleurs:

      - Je me demande comment je vais pour t'arracher de là.

      - D'ici?

     - Oui, de là. Comment je vais faire pour te faire l'amour, là, tout de suite.

-          Tu es fou.

-          Tu ne trouves pas toi non plus.

-          Si. On peut faire l’amour ici. Je veux dire, il suffit qu’on le pense fort tous les deux.

-          Tu ne vas pas me faire croire cela. Jamais tu ne pourras me faire croire cela.

 

 

 

 

9/11/2011 - 21:36 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

Les fesses de Jean ( partie 1)


Il est beau Jean. Je l’ai tout de suite su à sa tête qu’il l’était encore plus qu’il n’avait l’air. Avec les magnifiques cheveux bouclés qu’il se trainait, il ne pouvait pas faire autrement. C’était son truc à lui d’être beau, encore plus beau avec le temps, comme si sa beauté se faisait par grades, par étapes dans son corps.

Je n’ai pas pu m’en empêcher quand je l’ai vu, de toiser l’entrejambes. C’était comme, plus fort que moi, un truc venu de derrière la tête. Et entre les deux cuisses, puissantes, le genre qui marque le pantalon, j’ai juste espéré quelques secondes. Il n’y avait pas eu d’effort louable d’imagination, un peu courte donc, celle-là, qu’elle est devenue, peut-être à force de me faire matraquer d’images. S’ensuivait naturellement que je ne savais plus très bien quelle monture, de quel film, de quelle affiche, j’avais emprunté à mon imaginaire et j’avais posé entre les jambes de Jean, là tout droit devant moi.

Puis  j’ai attendu un peu qu’il se retourne, histoire d’avoir tous les détails en main pour un engin authentique. Je voulais voir les fesses. Tout le monde dit que c’est important le cul. Je ne suis pas très sure ce soir, je vérifie. D’habitude, je ne fais jamais ça. Rien à voir avec une prétendue réserve ; je ne suis pas prude, du tout, rien. Mais bon les fesses, j’ai jamais regardé. Il a fallu que je rencontre un rugbyman pour me rendre compte pour la première fois de ma vie, que cette partie du corps existait aussi chez les hommes, et que ce que disaient mes amis homos, ce n’était pas que du blabla.

Bref, revenons-en à Jean. Le premier jour qu’on s’est vu, je le lui ai dit, j’ai osé. Je n’ai pas fait midinette, j’ai sorti ça comme ça, l’air de rien :

-          T’es beau Jean.

En fait pas tout à fait. J’ai avancé après qu’il m’ait affiché ses fesses. Je n’avais pas d’avis, on ne voyait rien à travers son pantalon noir. Je savais juste qu’il était beau, indépendamment de ses fesses, il l’était et ce n’était rien de le penser. J’ai avancé et Jean m’a vu arriver et puis là il ya eu le sourire, tout. Il aurait pu ne pas sourire, le maudit, mais ça y était, le sourire, et ça m’a donné tout le courage du monde. Alors j’ai dis du plus profond de la gorge, le mot :

-          T’es beau, Jean.

C’était à Hamra, un soir d’été. Un groupe de musique de Jumbé se produisait pour la première fois devant mes yeux. Il y a avait beaucoup de monde et j’étais très seule. D’emblée, je n’ai pas compris comment les gens, ils faisaient pour se détendre. Alors j’ai fait pareil. J’ai fermé les yeux, j’ai laissé la musique les traverser. Un son comme celui là, je ne connaissais pas. Ca changeait tout de tout, de la musique Indie que je m’étais refilée en boucle chez moi. J’ai fermé les yeux. Puis je ne sais pas comment, sans les ouvrir, je me suis mise à bouger moi aussi. J’ai senti le corps faire sans commander. C’était presque évident, presque sorti de soi l’évidence. J’ai dansé en bougeant la tête, en bougeant les cheveux. Ce n’était pas moi, c’était les cheveux. Ca bougeait car la tête aussi bougeait et puis le dos, le cou, tout ce qui veut dire que le son est bon et que le corps y croit avant la tête. J’ai dansé à l’aveuglette. Tellement que, sans m’en apercevoir, je me suis retrouvée au premier rang. C’est là que j’ai vu Jean. Je veux dire, c’est là que je l’ai vu comme si je voyais un mec pour la première fois depuis longtemps. Ca a duré longtemps ce regard. Très longtemps. Il dansait pourtant les yeux fermés. Je regardais. Je n’ai pas arrêté de regarder avec mes yeux grands ouverts ses yeux bien fermés. On dit que c’est les yeux qui disent tout. Moi, c’est les paupières. Ce n’était jamais arrivé, avant que j’y pense aux paupières. Mais avec Jean, si.

Bref, j’ai refermé les yeux. Le musicien, il commençait à me trouver louche à regarder comme ça à ma droite. En plus à regarder seule, vraiment seule, regarder sans être regardée. J’ai refermé les yeux. J’ai dansé. Pendant ce temps, j’ai imaginé dans ma tête les mains de Jean. Je n’ai pas eu besoin de les voir pour les imaginer, ses mains. Je les voulais grosses, bien dures,  bien viriles.

J’ai dansé, j’ai imaginé les mains de jean sur moi, sur ma taille. Il toucherait de bas en haut, de haut en bas. Il m’embrasserait quelque part. Je sais pas comment mais j’ai tout de suite imaginé pour cela mon cou. Il y coincerait sa langue et ça se terminerait ailleurs, comme dans le creux de mon oreille, côté gauche, car c’est le côté du cœur. Puis il empoignerait dans le noir mon sein. Il tâterait comme un bébé tâte un téton qu’il ne connait pas, qu’il devra téter et auquel il offre sa bouche. Ensuite, il pourrait tout à fait migrer vers le sud, vers le pole dominant même le regard, lui offrant par impulsions l’intensité nécessaire à tout regard qui dépasse celui des yeux. Ces regards là mouillent les endroits précis que nous connaissons et que nous ne citerons pour le plaisir d’avoir à deviner tous ceux qui nous viendraient à l’esprit. Bref le regard de fou quoi, qui traverserait même un pauvre string détendu et dans son invisibilité, longtemps défendu. Il poserait longtemps sa main sur mes fesses en massant le bas puis le haut. Il masserait discrètement, comme s’il n’avait d’autre intention que de masser. Ce serait, sinon, l’ennui mortel, si par imprudence il s’avisait d’empoigner une de mes oranges, plein la main, et qu’il en presserait tout l’ennui. Non. Il masserait par étapes comme pour la beauté, ce qui le rendrait encore plus beau, plus excitant et plus désirable.

Bref. J’ai dansé tout ce son là. Je veux pas m’avancer et dire que j’ai la moindre idée de ce que cela donné dans l’œil d’un étranger qui me scruterait gentiment, mais hormis le fait que personne n’avait idée de regarder personne, je pourrais dire qu’il y avait quelque chose de transcendantal, dans ma capacité extraordinaire à ignorer la foule. Et c’est précisément lorsque la musique s’arrête que l’on réalise le mieux cela.

 Jean s’est assis. Ca le mettait fort à l’aise la musique arrêtée, ca lui permettait de très vite sortir de sa poche un paquet de cigarettes, et de s’occuper comme tous, dans ce retour à la vie, la vraie, à se donner un peu de consistance, pendant que les regards s’occuperaient les uns les autres à se plaire. En vrai, c’était l’impression que j’en avais moi. Car à y regarder de plus près, maintenant que j’écris dans le futur, avec tout le recul dont je dispose et la sagesse froide de la pensée, il m’avait bien semblée qu’il n’y avait que moi, en vrai, pour m’exciter comme une pucelle dans une salle qui n’avait rien demandé.  Je suis restée bien à ma place, ne sachant pas trop s’il fallait que je fasse avant qu’il ne soit trop tard. Trop tard pour quoi ? Pour le premier mot. Ce moment là, je savais que c’était tout de suite ou jamais (.....)

3/11/2011 - 23:12 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

D'etre une femme et que cela


Aujourd'ui, je le sais, et rien jamais ne changera.

ou peut-etre que tout...Pourquoi sinon ecrire....

Mais, non, trop dit, rien ne changera, dit!

Me voici a chanter ma chanson, desespoir, sur les rues de beyrouth...

Ils disent que rien ne dure, les philosophes taxis (metiers souvent confondus au Liban), rien ne dure, entendez-vous? Dites moi, vous donc, que faire de cette generalite? Une fois saisie dans une main avide d'espoir, elle s'evanouit a la porte d'entree. Je le sais bien que rien ne dure! Je le sais et cela ne change rien de savoir ou pas.

 J'aimerais ne pas avoir a tomber dans les generalites.Avouer que les choses ont une identite propre, les evenements une raison propre et singuliere. Mais c'est encore le mensonge.Il est trop de concordances entre les evenements pour un oeil critique, trop d'explications qui s'insinuent et alimentent des raisons plus objectives....L'introspection et la tristesse amenent a faire des theories. Celles-ci ne sont jamais nees autrement que par la realisation de liens communs, de racines communes, a ce bien, a ce mal...

 Alors voila c'est dit. Je le dis au taxi. Je suis montee comme d'habitude, evitant de trop regarder sa misere. Lui aussi, il est triste, le taxi. Je lui dis : Etre femme m'exaspere.

 Est-ce un cri de douleur que je lui crie ici? Oui. Un cri de rage...J'ai ete femme avant aussi. Jamais aussi fragile de n'etre que cela.

 Oui, que cela...car comme il est complexe d'etre femme et que ceux qui n'ont pas de vagin ecoutent et s'abstiennent un moment de juger. Il faut etre une femme pour sentir. Il faut etre une femme pour comprendre cela. Je vous laisse tout le reste. Donnez moi le droit de parler au nom de mon sexe. Ne me traiter pas de feministe. J'avais conscience de tout cela avant de prendre conscience de tout mouvement. Il est trop facile de parler au nom des Hommes. Sachez que parler au nom de son sexe ne veut pas dire parler contre l'autre sexe. Mais l'identite sexuelle existe. Je n'ai jamais eu autant conscience d'etre une femme de toute ma vie. D'etre une femme et que cela. 

 A peine ai-je le temps de plaindre ma cause, que le voici a crier a  l'infamie, a l'ingratitude, que voulez vous encore, femmes, vous qui avez tout obtenu? N'etes vous donc pas travailleuses a l'instar des travailleurs? N'avez-vous pas comme nous un moteur et un frein? Il pose le pied sur l'engin au prononce de ces mots. J'ajuste ma position assise pour ne subir trop de soubressauts. Les jambes bien serrees, comme j'aimerais lui parler comme un homme. Alors je dis :

- Nous n'avons pas tout. Avons-nous tout exige ? Voila, monsieur, la verite. La verite, c'est que j'ai ete quittee. Mon amoureux m'a dit : Tu es trop forte pour moi. Mon amoureux, c'est pour cette raison qu'il m'a choisie. Il m'a choisie car je ne pouvais etre a lui. Il me quitte pour la meme raison.

 

Et le taxi de me dire :

 

- Il t'a quittee l'abruti?

 

-Oui, oui, c'est cela.Ce n'est que cela. Quittee car je ne suis  pas assez femme. 

Pas assez quoi? femme? Il faisait quoi l'abruti?

Des etudes...il etudiait.

Brave le garcon?

Brave ! (l'entendre dans le sens libanais qui ne veut certainement pas dire courageux)

Et il a dit quoi?

Il a dit....que je ne savais pas lui faire sentir qu'il etait un homme.

Olalala!

Oui.

 

J'ai pourtant essaye. 

 

Pour lui faire sentir qu'il etait un homme, j'ai ruse. Je me suis faite toute petite, car un homme aime appeler une femme qu'il aime, sa petite. Il aime surtout l'appeler son bebe, son mignon pourvu que ce soit petit.  

 Pour lui faire sentir qu'il etait un homme, je me suis tue, a la plupart des reunions. Ce n'est pas de ma faute s'il ne savait pas briller dans le social. Mais, meme mon silence faisait du bruit.

 Pour lui faire sentir qu'il etait un homme, j'ai evite de dire tout ce que je pense. Il ne faut jamais dire a un homme qu'on ne veut pas vivre a travers lui, qu'on a aussi des reves a nous, il ne faut jamais trop dire, dire sur ce qu'il ne sait pas. En somme, il vaut mieux ne pas trop se cultiver et eviter de vivre. Eviter les deux ecoles.

 Pour lui faire sentir qu'il etait un homme, je n'ai jamais trop evoque mes ambitions, mes relations, mon passe. C'est trop de dire a un homme qu'avant d'etre a lui, on etait a un autre. Une propriete usee en somme.

Tout cela ne l'a pas empeche de me dire:

Tu ne te maquilles pas assez.

Tu ne t'habilles pas assez.

Tu ne te tais pas...

Tu ne te tais pas assez.

 

Et puis surtout: Tu n'es pas assez vierge.

c'est qu'il faut dire, je n'ai jamais su tres bien comment on faisait pour etre vierge a moitie (avis de marie abiven, peut-etre? :p)

 

Le taxi me regarde tristement puis se reveille :

 

- Ma fille, c'est mal, c'est tres mal...

-N'est ce pas monsieur?

-Vous n'etes pas vierge !

-Non monsieur, ca arrive parfois.

- Le pauvre garcon ! Le pauvre de moi! dehors !

 

Me voici donc sur les routes de Beyrouth, a marcher. Parfois on me klaxonne et le bruit strident des voitures m'arrachent de mes pensees. Cela n'empeche pas d'ete une femme et que cela.

Je ne suis pourtant point jolie. J'ai herite d'un sexe particulier. Paraitrait qu'il suscite le bruit, le bruit des hommes, leur bruit maudit.

 

Je m'assieds sur un banc. J'observe toutes ces femmes qui se pavanent avec joie dans les bras de leurs amoureux. Tous ces gens sont si amoureux, si amoureux et pour quoi?

La belle fait la belle pour le coq, et le coq s'ennuiera un jour ou l'autre de la belle.

 

(peinture: reproduction de Schubenel)

3/11/2011 - 23:02 - commentaires {1} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

Love is a leave


La main est posée sur le ventre

Les paysages défilent, indifférents aux regards

Il n'y a pas deux ventres comme celui-ci

Le paysage se prolonge

Comme un lézard verdoyant

La douleur s'oublie parfois

Dans un arbre, un vert marron

Une affiche publicitaire

 

Deux heures pour que l'heure s'exécute

La séparation

La main est posée sur le ventre

L'homme la regarde

Les arbres se prolongent infiniment

L'amour est-il aussi vert ?

 

Tableau de Robert Delaunay (Fenêtres simultanées)

17/08/2011 - 19:06 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

De la solitude


Il y a une clope qui m'attend dehors.
Sur la table en verre est posé un cendrier métallique, un briquet et un paquet de cigarettes. Tout le monde est déjà là. On m'attend pour fumer.

Ce que je m'en vais faire, c'est fumer seule, fumer seule et songer à rien devant la solitude de la fumée et de moi fumant. La cigarette est la consolation, cette sœur. La cigarette se consume ainsi que sa compagnie. Elle se consume entre mes doigts vaillants, sans cesse repoussant le moment fatidique de l'écrasement de la tête fumante contre le métal, ces doigts tentant par une inhalation plus légère de tenir entre leur chair, la présence. Mais ce n'est rien de tenir entre les doigts, ce n'est rien de tenir.


Le brouillard n’empêche pas le vrai. Je suis seule.


 Alors, écrivons puisqu'il ne suffit pas de fumer pour être deux, écrivons, puisqu'il faut bien écrire pour se tenir compagnie, puisqu'il faut bien se dédoubler. Mais pour dire quoi ? Écrire la solitude pour se sentir moins seul ? Oui, écrivons la solitude, décrivons ce qui fait que vous et moi, nous sommes sur la plateforme de l'avenir, s'échangeant nos états d’âmes, et nos solitudes mutuelles, masquées par nos vies fantastiques, photographiées et commentées. Nous sommes bien vivants puisque connectés.Nous sommes bien vivants et je suis déjà morte.

Une voix me dit que ce n'est pas fini. Celle de mon amie qui m'appelle pour que je lui gratte le dos. Je gratte. Une voix me dit que ce n'est pas fini. Celle de la nuit qui lorsque sommeil de tous, inonde la grande maison des bruits insoupçonnés qui n'existent que le soir, les bruits de ce qui fait que la lumière éclaire et que l'eau coule dans les tuyaux. Les infrastructures quoi. Une voix me dit que ce n'est pas fini. Celle qui fait que je me plains de la solitude mais qu'en l'écrivant, je me réjouis de ces lettres, banales lettres dans l'immensité.


 Une voix me dit que ce n'est pas fini. Celle de la cigarette que je m'en vais, de ce pas, fumer.



Peinture 1 ''Graine de Pavot'' de Kess Van Dongen
Peinture 2 de Fromanger

11/08/2011 - 02:04 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

Je ne veux pas mourir



Des mois sont passés. Des mois, comme un temps long, un temps numérisé. Les gens imaginent ce que peuvent être des mois. Les gens savent compter. Il fut une époque, ou moi-même je savais. Puis c’est arrivé. Je ne sais plus.


 Les mois passent, les saisons aussi, passent, mais la douleur, elle, ne pardonne pas. Dans les calendriers de leurs vies, elle est célébrée même le jour du repos. L’espace, lui non plus, n’épargne pas. Rien n’a jamais semblé aussi réel que les murs qui enferment même de l’extérieur. Ils sont aussi visibles qu’ils sont invisibles. Les yeux de la douleur sont omniscients. Ca perce tout, l’amour déçu.


 Suis-je en train de me plaindre ? Je m’excuse.


 Suis-je la seule à souffrir ? Je ne le suis pas.


 A cette seconde où j’écris, des milliers d’âme souffrent, elles aussi. Mais la souffrance universelle, je ne la vis que par moi. Je m’excuse de cette condition. Je la méprise et nous sommes deux.


 C’était un jour, la fin, un jour, une heure, et c’est toujours. Ca n’a pas de fin. Ce ne sera jamais autre chose. Tous les jours d’après la fin sont les jours de la fin. Ce ne sont pas les évènements qui nous marquent. C’est leur inscription intemporelle dans la peau. On ne s’en débarrasse pas même décharnée.


 Les os, eux aussi ont droit à la douleur. Le squelette est invisible quand il peut se tenir à une rampe. Je ne me tiens pas debout. Depuis ce jour, mon échine me fait tomber les yeux. Devant moi, mes pieds se dérobent. On ne meurt pas, même de trop aimer.


 L’espace me rappelle, à chaque marche que je fais dans ce quartier qui était le notre, la douleur. Ce ne sont pas les choses qui ont changé. Tout est resté fixement à son place. L’idée des choses est plus forte que  les choses elles-mêmes. Pourquoi m’imposent t-ils leur inévitable réalité ? Cela n’existe pas. Des yeux capables de voir tous la même chose. Cela n’existe pas.


  Le mouvement de mon corps vers l’avant n’empêche pas mes idées de m’emmener en arrière. Mais, je ne recule pas. Je suis déjà loin derrière. A la recherche d’un mur. J’y adosse la douleur. Et j’y pleure la fin.


 Pleurer, on m’a dit que cela soulageait. Je ne suis pas soulagée. Les larmes reviennent et quand elles ne reviennent pas, c’est car le cœur est sec.

Je ne suis pas soulagée.

 


Je traverse ces rues, éternellement sereines, survivant tout, qui font du bruit le jour, qui se taisent la nuit, et qui n’entendent pas les pas de la douleur. Les rues qui un jour avaient servi de repère, ces rues dont j’avais retenu les couleurs pour me souvenir du chemin qui me menaient vers toi, m’implorent de me taire.


 Je ne les emprunterais plus.


 Il faudra que je les réinvente, que je passe par elles sans que jamais elles ne soient ce qu’elles ont été. Mais le passé s’est gravé sur leur perpendiculaire, et le présent n’y peut rien. Il faut peut-être alors projeter et semer à chaque coin un peu de futur empli d’espoir. Mais les rues ne meurent pas dans le regard futur, car le futur n’existe pas.


 C’est obscur dans ma tête. Je ne sais plus souvent si c’est la nuit ou si c’est le jour. Est-ce de la lumière, ce son que j’entends tous les matins dans ma tête au réveil ? Le jour se lève t-il dans le cœur d’un malheureux ? J’entends notre musique partout ou je vais. Mais ta voix ne rencontre pas la mienne. Elle assiste au deuil de mon chant.


Parfois ton odeur danse dans les sentiers de notre rencontre, parfois ton odeur danse dans les sentiers ou je ne te rencontre pas. Et les étrangers ont ton visage, ils ont tes mains et me regardent, et je me vois moi. Je me revois comme j’ai été dans ce quartier, un jour. Heureuse. Ou que j’aille, ton odeur me suit.


 La douleur n’a pas de pays.


 Ton corps m’apparait en rêve, ta chair molle entre les mots qui triturent mon esprit. Je ne peux plus les toucher. Jamais plus, je ne pourrais toucher cette peau qui n’appartient qu’à toi, jamais plus ce corps entre mes doigts, abandonné. Est-ce trop dire qu’elle me manque, que ce n’est ni elle, ni moi, que cette peau a donné conscience à mes doigts et à ma chair.

Je n’ai plus de peau. Je n’ai plus de chair. Je n’ai plus de mains. On ne meurt que d’être seul, on n’est vivant qu’ensemble. A quoi me servent mes mains ? Elles n’ont pas de terre, elles n’ont plus de toit.

Je n’ai plus de visage. Je n’ai plus de traits. Le sourire qui a pu se dessiner sur mes lèvres, ce sont tes yeux en forme de cœur. Je n’ai plus de sourire car de là ou tu es, tu ne me regardes plus.


 Ou est ma bouche ? Dans tes yeux. Ou sont mes mains ? Dans tes mains. Je ne puis rien toucher sans que tu ne sois là.


Tu n’es pas.


 Oublier, j’ai bien essayé. Te survivre, aussi. Il est de grands mots qu’on entend partout. On dit de ces mots, des actions. Il est de grands mots qu’on nous apprend, comme le courage, comme le cœur. Comme si, la réalité procédait de cette idée, que, si l’on décide, on peut être heureux.


 Ce n’est pas vrai. On ne décide jamais d’être malheureux.


 Je regarde ton image dans ma tête et je ne sais plus qui j’ai aimé. Qui est en vrai celui qu’on a aimé ? Qui est-il s’il ne nous aime plus ?


 Puisque mes yeux sont aveugles, je ne peux rien dire.


 Je regarde ton image dans ma tête, mais qui est ma tête ? Si tu m’as transformé au point que je ne sais plus qui je suis, comment encore puis-je dire qui tu es ?


 Ce n’est pas moi qui parle, ce n’est pas moi. C’est la douleur, elle crie. L’entends-tu ? L’entends-tu quand tu repasses devant cette mer que nous avons contemplée, la douleur ? L’entends-tu gémir ta culpabilité ? Je le sais, tu ne sais pas.


Qui es-tu, toi, hier, mon amour ? Qui es-tu devenu ? Penses-tu parfois à la femme qui t’a aimé, qui a abandonné contre ton corps, toute la douleur qui est de vivre ? Penses-tu à cette femme qui un jour a pleuré ? Que sont donc ces larmes qu’on laisse couler devant celui qui un jour devient inconnu. Ont-elles rejoint la mer, ont-elles rejoint les larmes universelles du monde, jamais résolues, toujours versées ?


 Je me souviens de tes yeux. Tout le monde dira que tu es le monstre et je me souviens de tes yeux. Tout le monde crie à l’oubli et je me souviens. Tout le monde conseille, tout le monde sait tout sur tout, tout le monde aime, veut, exige. Et je me souviens.


  Les mots qu’ils prononcent ne peuvent rien à cela, ils ne peuvent rien à tes yeux. Car ceux-ci sont la seule certitude que j’ai, moi. La raison n’a rien contre le cœur, ni le cœur contre la raison.


C’est car l’amour est raison, qu’on ne peut s’en départir.


 Comme j’ai pu t’aimer. Je ne savais pas qu’on pouvait aimer comme j’ai pu le faire. Aimer sans retour, aimer jusqu’à la mort d’aimer.


 Suis-je finie ? Je ne crois pas. Je me prolonge comme les mois qui se sont prolongés. Qui a dit que le temps existait ? Qui a dit que l’on pouvait mourir ? Je suis déjà morte mille fois. Et je suis encore là à t’écrire.


 La physique du monde se démène. Les révolutions ont saigné des larmes, le futur a regagné les pans de jeunesses abreuvées d’espoir. Des gens sont morts, des gens sont nés. Des gens ont écrit, effacé, réécrit. M’y mêler n’y changera rien. L’amour est la seule raison parfaite. Je n’écrirais rien d’autre.


 Je trouve refuge, devant cet ordinateur qui renvoie de la lumière mais dont les mots, eux, ne renvoient rien.


Écrire, c’est te faire survivre un peu. C’est prolonger la mort avec la vie. C’est dire que ça a existé et que ça existe encore, même mort et enterré.


 Personne n’est jamais vraiment mort tant qu’on y pense.


 Je ne veux pas enterrer ta mort. Je ne peux pas. Je ne veux pas le visiter au cimetière de ma maturité. Je ne veux pas faire partie de ces gens qui ont appris et qui déposent des fleurs.


Si tu n’es pas, je ne suis plus.


Je ne veux pas mourir.

 

Tableau de Joan Miro

Tableau de Zao Wou-ki

6/05/2011 - 10:25 - commentaires {1} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

DOLOR




On l’attend depuis le début, la fin

Parfois dans une larme, on la pleure

Puis le temps passe

On l’oublie.

On oublie.

 

Dès la première rencontre, on pressent la fin

Si le cœur bat, s’il bat fort

C’est qu’il sait

Cela ne durera pas

 

Bat

Tant qu’il en est

Bat.

 

Puis vient la douleur

Un jour, vient.

Depuis toujours vécue

La douleur,

Dès la naissance

Elle nous fait pleurer

 

On renait

Seul

On renait.

 

Dans l’obscurité

On respire

C'est que quelque part

De nouveau des lumières

On ne sait jamais vraiment comment

Ni pourquoi

On ne sait jamais vraiment pourquoi

Ni comment.


On les voit.

La douleur voit tout

Ressent tout

Comprend.

Comprend tout.

Enfin.

Puis,

on oublie

on sourit.

La douleur

elle aussi

elle s'oublie

elle rit

elle se meurt

 

On renait
seul
on renait

Les cendres tombent


des pieds qui remarchent

et se baladent sur la vie

sur les marches des tombes


Main dans la main

Avec elle

la vie

Marche sur le passé

Et oublie

On regarde l’horizon

Et on oublie


On vit à cent à l'heure

a mille

Oui

Et on oublie.

 

Ce n’est pas encore fini.

Ce n’est pas encore fini.

 

Rien ne dure

Rien ne tue

Tant qu’on est vivant.

 

Tableau de Picasso

21/04/2011 - 20:45 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

El Nez

Retenons qu’un jour il fut décidé dans le rapport charnel de deux êtres choisis par le concours des circonstances, décidé qu’engendrés seraient deux autre êtres. Oui, c’est que j’ai oublié, mais je suis née avec un autre. Jumelles, oui, deux jumelles, il va de soi, identiques lorsqu’on les rêve ainsi mais point identiques au fond. D’ailleurs, on fera tout pour éviter cet écueil, l’une sera un garçon puisque Dieu n’a pas collaboré, garçonnet elle sera par la force des choses, c’était déjà une chose d’accepter sa naissance, une autre que ce soit une fille, donc oui, décidé, l’une fera office de garçon.


Alors, on lui coupait les cheveux très courts et elle en était très fière, par la force du ciseau, elle se distinguait de l’autre, l’autre jumelle, très mignonne, aux longs cheveux bouclés. Oui. Et l’autre aussi fière, non point tant de se distinguer mais cheveux longs et cetera, haut symbole de féminité, après tout.

Garçonnet, j’étais, et point de complexe alors. Car dites-moi,-vous, quel homme rêve donc d’être une femme ?

Alors oui. Garçonnet et je m’en fous, même que j’aime çà, être un garçon dans le corps d’une fille, cette ambivalence, çà remplace largement les cheveux longs.

Véridique, je ne suis pas une jolie gazelle, et pas besoin de gros carreaux pour le constater ! Je n’ai pas le visage, oui, le visage de l’autre qui s’illumine sous une pluie de compliments. Et je la regarde, l’autre, prétendument la même selon la génétique mais point identique, cheveux longs et beauté et moi petit crapaud chauve.

Et ingratitude peut être mais ingratitude je veux, moi, née avec un visage si fin qu’on ne voyait que mon nez. Oh et ce nez odieux qui me faisait régulièrement des misères. Mes yeux cacheraient, ne cacheraient pas, alors vite, glisser la main dessus quand il est encore temps, vite car voilà je le sens s’allonger alors riante, alors les poumons gonfler car la chute de la blague s’avère terrible, oui alors rire mais attention au nez, attention le nez, qu’il ne se montre pas ! Et même seule, terriblement ou joyeusement seule, se mettre la main au nez, oui, jamais grand, il n’est, le nez, puisque je le lui interdis !

Alors de mes parents que vous dire sinon qu’ils n’avaient pas la vocation, qu’ils étaient nés trop tard ou trop tot pour etre parents, ni l’un, ni l’autre, pas un pour rattraper l’autre et jamais l’un avec l’autre. De mon père, l’orgueil du nez, oui, grand, grandirait encore avec l’age …

A huit ans alors, il me disait : Mais quel grand nez ! ( viens voir, il appelait alors un témoin) viens voir le grand nez, il veut te dire bonjour !

Alors la gène, évidemment, la gène mais sourire car c’était pour rire, n’est ce pas après tout. Puis de poursuivre l’incendie : «  Mais vraiment, indubitablement, absolument, on ne voit que lui ! »

Personnage mon nez ! Une part entière  alors je passais ma main dessus pour vérifier s’il était encore là le personnage et oui il l’était, alors c’était bien de lui qu’il parlait, c’était bien de mon nez que mon père parlait, sapristi, mon nez !

Et ma mère savait épicer les recettes. Point de cuisine, jamais, de sa main, mais l’épice, elle s’y connaissait, et plus d’une épice dans le sac. Alors lorsque petite je braillais trop car désireuse d’attirer l’attention sur moi, ma mère me disait avec la voix tranquille et posée d’une mère qui fausserait par la douceur la violence du contenu, elle me disait alors : cache le, le nez, cache le avec ta main quand tu parles. Alors je mimais le geste mais voilà, je ne pouvais pas, au dessus de mes forces, aimant trop parler alors, non.

Donc je n’étais pas jolie, assez dit, je n’étais pas jolie alors je serais intelligente, oui. Alors la connaissance, les livres, beaucoup, divers, même quand je n’aime pas, qui se fiche de la planète mars, j’en ai déjà assez de la terre, oui, lire, et réfléchir constamment l’existence.

Oui lire et derrière les gros bouquins, le cacher le nez d’orgueil oriental et comme çà, ils finiront bien par m’aimer les gentils méchants.

Le nez avait beaucoup déterminé. Il était trop là, trop dérangeant, trop laid et penser beaucoup et comme çà l’oublier !

Mais trêve de manichéisme, tout de même, tout n’était pas si terrible.

Oui, car à ce nez, une solution, oui, la solution viendrait de la bouche d’une mère, et elle me rassurait en me disant :

 


Quand tu seras plus grande, tu te l’opéreras, ne t’inquiète pas, point de problème qui ne se règle ! Entends bien : et avec ses doigts, elle désignait le bout du nez qui était de trop et inventait une opération de toute pièce retroussant son propre nez d’orgueil. Et alors j’avais la vision d’horreur devant moi : je ressemblais à cela, au nez retroussé sur le visage de ma mère ! sur son visage ! Alors révoltée jusqu’à la moelle, et telle une furie criant à l’injustice qu’elle me faisait de na pas l’aimer mon nez d’orgueil. Et elle revenait alors sur ses pas tel un loup patient et peut être que finalement il n’y aurait pas d’opération si je ne le voulais pas, oui et peut être pas si laid que çà le nez après tout et de toute façon j’avais le temps, j’avais le temps d’y penser, j’étais encore jeune, et même que la voisine avait fait une opération et que ce n’était pas si terrible que çà, et que la voisine était vraiment très jolie mais alors l’opération, maintenant plus que très jolie, trop jolie, bref l’opération dans quelques années et tout ira mieux dans le meilleur des mondes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8/10/2010 - 17:55 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

Ceux qui font la guerre

ont tous les droits ou presque. Ceux qui tirent et ceux qui se défendent. Ceux qui font la guerre ont toujours eu ces droits là. Ce sont les droits les plus universels et les plus respectés au monde. Ce sont les droits que personne ne viole ou ne violera.

Ce droit de la mort inconditionnelle, c’est le droit de l’homme sur l’homme, tel qu’il a toujours été.

Avant même qu’il ne sache ce qu’est un droit, et qu’il ne pense légaliser quoi que ce soit, il avait déjà inscrit dans son programme cette intemporalité de la mort abjecte.

C’est sa forme et c’est son fond.

C’est son âme et son tréfonds.

Il pue la mort avant d’être né.

C’est pas un hasard peut être s’il porte en lui le sang dès son premier cri.

Cette odeur de la violence ne le quitte pas.

 

25/08/2010 - 14:07 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

Je ne suis pas ce que je suis - ou alors - un peu



Tu dis que je t’ai blessé, mais c’était hier, et nous ne sommes plus hier, nous sommes aujourd’hui. Que suis-je aujourd’hui ? Un peu celle d’hier, oui mais un peu. Juste un petit peu. Pas autant que si c’était aujourd’hui. Çà non. Que puis-je à ce que j’ai été ? Ce n’était que moi ! Mais çà n’est plus aujourd’hui et tu le vois. Et toi aussi, hier, tu n’étais pas toi ! Puisque ce que tu me dis, tu le dis aujourd’hui. Et aujourd’hui est un autre jour. Et toi un autre moment.

Que m’annonces-tu là ? Que c’est la guerre du temps ? De ton passé contre mon présent ? Mais comment le passé se bat-il, lui qui n’est plus ? Tu as mal, tu souffres, tu veux te venger. Je te donne mon corps comme présent. Je ne suis que celle que tu vois. Hier, c’était hier et moi c’est moi. Mais comme tu vois je ne suis plus moi parfois. Et surtout hier.


Pourquoi recules-tu ? C’est que tu n’es pas pressé de me tuer ? Mais tues moi ! Je te fais présent de moi et ce qui est fait sera fait. Et ce sera bientôt passé. Ce n’est que moi. Et quand tu m’auras tué, ce sera encore. Tu ne me changes pas.


Car ce que je suis, c’est aussi ce que je ne suis pas. Ce que j’étais dans le passé est peut être moins que ce je suis maintenant et plus que ce que je serais dans l’avenir. Ce ne sont que tes yeux. Que tes yeux.


Et je t'aime et je les aime ces yeux. Et çà continue. Ce n'est que moi. Et toi. Peut être plus moi aujourd'hui mais qu'en sais tu? Ce n'est peut être que toi....que toi....


Si toi aussi, tu n’avais pas été ce que tu es maintenant, qui n’est ni hier, ni demain, alors peut être que je serais quelqu’un d’autre....


Chaque regard que tu portes sur moi pourrait être un autre mais il n'est pas. Ce que je suis c'est aussi ce que tu es. Car si je suis, c'est car tu es.


Je ne suis que çà. Que le résultat subjectif de ta condition subjective et c'est ainsi que nous nous aimons.

22/08/2010 - 10:46 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

L'amour.........


On dit qu'il rend aveugle.
Faux. J'ai recouvert la vue à chaque fois.

22/08/2010 - 10:23 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

Quand j'ai écris pour la première fois...

j'avais déjà écrit un millier de fois. J'avais griffonné des lettres et des mots. Cent fois. Des phrases et des pages. Mille fois. Quand j'ai écris pour la première fois, j'avais déjà écrit des milliers de fois. On peut écrire toute une vie et ne jamais écrire.


Peinture de Paul Signac

21/08/2010 - 18:27 - commentaires {0} - Laisser un commentaire - Envoyer cet article

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